« Dans la vie il est des blessures qui semblables à la lèpre lentement dévorent et entament l’esprit dans sa retraite. » L’incipit de La Chouette aveugle de Sâdeq HEDAYAT est de ceux qui, tel celui de L’Étranger ou de Du côté de chez Swann, restent gravés dans les mémoires et dessinent en quelques mots un univers. Celui de Sâdeq HEDAYAT, écrivain persan qui s’est donné la mort à Paris en 1951, est sombre, oppressant et morbide. Le narrateur de son chef-d’oeuvre, La Chouette aveugle , alterne les temps d’apaisement halluciné, que lui apportent l’opium et les drogues, et les moments où il crie avec une acuité déchirante et une lucidité implacable son dégoût du monde comme il va et de la bassesse des comportements humains. Il dénonce les mascarades : l’amour, le mariage et la religion, auxquelles seule la mort peut mettre un terme.
La nouvelle traduction de Sébastien JALLAUD proposée dans ce volume colle au texte de l’auteur, emprunte le rythme si particulier de ses phrases et restitue la crudité de ses analyses.
La Chouette aveugle n’est certainement pas un conte oriental. C’est une plongée contagieuse dans les désillusions d’un homme du XXᵉ siècle confronté au monde iranien traditionnel, un voyage en chambre nourri par le séjour en Inde de l’auteur et par les drogues apportant au narrateur un peu de sommeil et d’oubli.
